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Le 17 mai 2018 à 16 h 45 – 12 rue de l’Ecole de Médecine, Paris 6

Notre Temps, votre magazine, et la Fondation de l’Université Paris Descartes vous invitent à la conférence exceptionnelle « Le rein, un organe complexe et fascinant », du Professeur Gérard Friedlander, Doyen de la Faculté de Médecine.

Au sein de la prestigieuse université des Sciences de l’Homme et de la Santé, dans l’amphithéâtre même où, au 19ème siècle, se pratiquaient encore les dissections pédagogiques à ciel ouvert, vous découvrirez le fonctionnement de cet organe passionnant, d’une beauté singulière, dans une présentation accessible à tous, et pleine d’humour.

A l’issue de cette conférence, l’un des programmes de recherche en maladies rénales de l’Université Paris Descartes à l’Institut Necker, soutenu par le fonds de soutien à la recherche dans les sciences du vivant MSDAVENIR (fonds dédié à l’innovation thérapeutique), vous sera présenté par les Docteurs Fabiola Terzi et Marco Pontoglio, coordinateurs du projet Maladies rénales chroniques.

Cette conférence est gratuite et accessible à tous, dans la limite des places disponibles.

Vaincre les maladies rénales : le combat d’une vie

Cet article fait partie de la série ‘La recherche expliquée par Madame Toutlemonde’ de la Fondation Paris Descartes

Deux millions de passoires, trente kilomètres de tuyauterie, 180 litres filtrés en 24 heures, et, penchées sur cette formidable usine où tout dysfonctionnement peut causer des dommages irréversibles, deux blouses blanches.

Non, il ne s’agit pas d’une distillerie de cognac ni d’une brasserie artisanale. Cette usine, c’est notre rein. Un organe d’une complexité passionnante, et d’une beauté spectaculaire auquel Fabiola Terzi et Marco Pontoglio consacrent leur vie afin de comprendre et d’essayer de vaincre les maladies rénales chroniques.

13 % de la population de plus de 60 ans sont atteints d’insuffisance rénale

Ce qui caractérise les maladies rénales, en effet, c’est leur auto-aggravation : quand nos néphrons, les unités structurales et fonctionnelles de nos reins, sont atteints, ils ne peuvent se régénérer, contrairement à d’autres organes tel le foie…. Comme dans une équipe où il y a des tire-au-flanc… les néphrons restants s’épuisent à faire le job, et s’abîment à leur tour…   Dans les cas les plus graves, quand le système rénal ne fonctionne plus, le patient doit être traité par dialyse, ou transplantation. Deux thérapies particulièrement contraignantes, risquées, et coûteuses.

Pour en être un organe discret, contrairement à d’autres, que je ne dénoncerai pas ici, le rein n’en est pas moins un organe essentiel. Sa mission : filtrer le sang par les néphrons, en retenir les substances dont notre corps a besoin, et traiter les autres, en détoxifiant l’organisme. Les déchets sont évacués par les urines, en général 1,5 litres par jour.

En France, bien que la maladie rénale concerne les personnes de tout âge, elle constitue un véritable problème de santé publique dans un contexte de vieillissement de la population. En effet, 13 % de la population de plus de 60 ans sont atteints d’insuffisance rénale, un chiffre qui monte à 25 % à partir de 70 ans.

Chez les plus jeunes, la maladie peut être due à des maladies génétiques, qui, par exemple, causent des malformations des reins déjà in-utero, comme le déficit de HNF1beta, un gène essentiel pour le développement du rein. Ces maladies peuvent apparaître après quelques années, ou bien se manifester in-utero. Les autres causes de maladie rénale chronique sont le diabète, l’hypertension, certaines maladies immunologiques comme le lupus ou la néphropathie à IgA.

Une équipe de chercheurs en lien direct avec les patients

Paris Descartes et ses médecins et chercheurs sont des pionniers. La première greffe du rein au monde a été réalisée chez un jeune adulte le jour de Noel 1952 à l’hôpital Necker. De même, la première transplantation rénale chez un enfant a été réalisée à l’hôpital Necker en 1973 ainsi que la première dialyse en 1969. Depuis 3000 greffes de rein ont été réalisées à l’hôpital Necker, avec une moyenne aujourd’hui de 200 transplantations rénales par an. Des nombreuses maladies rénales ont été décrites pour la première fois par des pathologistes de l’hôpital Necker, comme la maladie de Berger, découverte en 1966 par le Professeur Jean Berger. Avec l’arrivé de la biologie moléculaire, c’est toujours à l’hôpital Necker, que plusieurs gènes impliqués dans des maladies rénales héréditaires ont été identifiés pour la première fois. C’est donc au sein d’un environnement clinique et scientifique de haut niveau que travaillent Fabiola Terzi, Marco Pontoglio et leurs équipes.

Marco est biologiste, Fabiola néphrologue pédiatre. Bien que ne soignant plus directement des patients, ils travaillent chaque jour avec les médecins de l’hôpital Necker. Au cours de ces réunions, ils discutent des mécanismes à l’origine des maladies rénales, des progrès des patients, de l’évolution face au traitement. Grâce aux prélèvements effectués avec leur accord, auprès des malades, et stockés dans d’immenses congélateurs, l’équipe de recherche parvient progressivement à déterminer les différents profils et la vitesse d’évolution de la maladie, pour cibler le traitement le plus efficace.  La biobanque, gérée par le service du Professeur Legendre, leur permet par exemple d’obtenir, à partir des urines collectées, les cellules rénales sur lesquelles travailler. Pour que toute recherche soit fiable, elle a besoin d’être testée et validée sur un ensemble innombrable d’échantillons. Seul un hôpital peut apporter à des chercheurs cette matière première.

Comprendre pour découvrir et tester de nouveaux traitements

Comprendre le fonctionnement des cellules rénales, particulièrement complexes, c’est l’étape indispensable pour identifier la manière d’intervenir pour les soigner. Fabiola et Marco travaillent donc sur l’identification des voies de signalisation. Si comme moi, vous avez, au lycée, soigneusement évité vos cours de biologie… vous imaginez à tort des problèmes de circulation routière. Le point commun, c’est qu’effectivement, ce langage des molécules au sein d’une cellule leur permet d’y évoluer. L’objectif est de percer le langage cellulaire, de comprendre son interprétation moléculaire, pour pouvoir influer sur la progression des cellules vers un objectif souhaité. Ouf.  De quoi relativiser les problèmes de communication avec votre conjoint ou votre patron. Il s’agit, au final, de comprendre comment les cellules réagissent aux différents facteurs de risque et quels sont les mécanismes qui impactent le développement de la maladie rénale, selon quelles combinaisons de facteurs.

Une découverte prometteuse, par exemple, a permis de constater que lors de l’allongement d’un néphron, les mitoses, c’est à dire les phases de divisions cellulaires, sont désorientées. La polykystose, ou le développement de kystes sur les reins, se caractérise notamment par une désorganisation des cellules du rein. Pour que la morphogénèse (la constitution de la forme des cellules) se déroule bien, la division cellulaire doit être organisée correctement dans l’espace.  Il est donc possible qu’agir sur l’orientation des cellules empêche la formation de kyste.

Les biosenseurs sont des dispositifs qui permettent la détection des changements moléculaires ou fonctionnels sous forme de signaux dans les cellules. Ils reflètent ainsi la voie de signalisation à cibler pour le traitement. Les développer pour les maladies rénales permettrait, non seulement d’avoir une approche prédictive sur le développement de la maladie, mais aussi d’évaluer, par des criblages sur des échantillons biologiques (cellules humains par exemple) l’efficacité de nouveaux traitements et/ou molécules pharmacologiques sur l’évolution de la maladie.

Une quarantaine de personnes, médecins, ingénieurs, techniciens travaillent avec Fabiola Terzi et Marco Pontoglio. Un autre facteur de réussite à Paris Descartes, c’est la pluridisciplinarité des équipes. Dit autrement, c’est la capacité de nos chercheurs à appréhender un problème scientifique avec le filtre des différentes disciplines, telles quelles la physiopathologie, la génétique, la biologie moléculaire ou cellulaire, la biochimie ou la biostatistique, multipliant ainsi les chances d’aboutir à des découvertes. Parmi les membres de l’équipe 4 masters, 6 doctorants et 9 post doctorants. Ces jeunes chercheurs, formés par leurs aînés qui partagent 25  années de travaux avec eux, jouent un rôle essentiel dans le progrès thérapeutique. Plus tard, ils seront ceux qui continueront à innover pour les maladies rénales, comme avant eux Fabiola et Marco, arrivés respectivement comme doctorante et post doctorant il y a une vingtaine d’années. Tout progrès s’appuie sur les innovations qui l’ont précédé, transmises de génération en génération de chercheurs et de médecin. L’université est un trésor qui appartient à tous, et qu’il convient de faire prospérer.

Il est important de comprendre le lien entre l’université et l’hôpital. Pour faire simple : il n’y a pas de soins sans chercheurs et il n’y a pas de chercheurs sans patients…. Ce que l’on appelle ‘clinique’, c’est ce qui relève de la pratique de la médecine sur de vrais patients. Vous et moi, en bref, sommes aussi des héros… Avec notre consentement, nos maux se transforment en progrès pour la médecine, en innovations thérapeutiques pour nous, et nos enfants. Et, dans le même temps, nous bénéficions des dernières découvertes en avant-première !

Ce cycle vertueux de la médecine est rendu possible par le modèle hospitalo-universitaire. La recherche conduite par les chercheurs et médecins de l’université Paris Descartes bénéficie des enseignements de la pratique quotidienne de la médecine. Et les médecins chercheurs transmettent, à leur tour, leur savoir de pointe aux étudiants qu’ils forment en cours et à l’hôpital.

Marie-Blandine PrieurDirectrice du Développement à Paris Descartes

Le programme de recherche de Fabiola Terzi et Marco Pontoglio est soutenu par MSDAVENIR, fonds de soutien à la recherche dans les sciences du vivant du laboratoire MSD France.